Lire Georges Perros


De lui, je sais pas bézef. Je veux dire, de sa vie, de ses frasques et de ses amours. J’ai pas pris ou trouvé le temps de fouiller sa bio. De toute façon, on s’en tamponne le coquillard ! Il existe, via le Net, ai vu sa face de loup de mer. Dans ces lignes, l’objectif, c’est de te faire saliver, toi lecteur vampire qui te repais du sang bleu des auteurs, des vrais, de cette race d’écrivailleurs qui enfoncent des mots comme des clous dans les chairs. Aucune vision catho, céans. Ma profession, l’ai pas faite et j’ai les foies, la faute, non pas à Voltaire, même si j’ai le cul par terre, face à tant de matérialisme ambiant.
Faut que je parle dare-dare des Papiers collés du sieur Perros, négociant de mots touchés par la grâce, et non de mots frelatés comme ils s’en trouvent dans les colonnes des journaux, des mots faux pour asseoir le grand mensonge capitaliste.
Cet opus, il est possible de le trouver dans la collection L’imaginaire, chez tonton Gallimard. C’est qui Perros, de son prénom Georges ? Le redis, je sais que dalle, ou si peu, si Breton et mort peu avant la cinquantaine ou après la quarantaine, c’est selon le bon plaisir de chacun. Il est peu connu le voyou littéraire, il a peut-être tout fait pour, et pourtant pas de seconde zone. Les mots en italique, présents dans cet intertexte, sont nés de sa plume, ce sont des citations prises au hasard de la lecture. Divisés en trois tomes, les Papiers Collés se présentent sous la forme d’aphorismes. Des aphorismes qu’il faut prendre le temps de décortiquer et de respirer pour bien sentir la singularité et aussi la familiarité de Perros. Car Perros se situe exactement à la frontière, entre la pomme et le couteau.

Un poème est fait pour être lu, comme une femme pour être caressée. Un poème vieux garçon, ça n’existe pas. Autre merveille. Qui écrit pour se sauver est foutu d’avance. Une autre encore. L’amour physique, même fait, bien fait, satisfait, reste un rêve.

Une autre encore et encore. Il y a un grand plaisir-immense-à être lucide, à jeun, clair, là. Un autre, à être saoul, fou, démâté, quoique toujours là, de même. Tout est là.

Une dernière et après, basta lecteur, à toi de jouer et de jouir en posant sur les pages de ce gars-là, ton regard le plus sensible.

Il n’y a qu’un moment qui m’intéresse chez l’homme, quoi qu’il fasse ou soit, c’est celui où il se retrouve seul, soit sur un banc de square, soit dans les chiottes, soit sur un lit d’hôpital. Et ce qu’il fait de ce moment.

Georges Perros, Papiers collés (Imaginaire Gallimard)

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