Grandeur et misère de l'apprenti bouddhiste


Il paraît que le Tibet est à la mode. Jusqu'aux J.O., en tout cas. Après, si rien ne change, il pourrait bien ne plus y avoir de Tibet du tout. A moins qu'il n'y ait plus de Tibet depuis longtemps déjà...
Les Ladakhis ne sont plus, dans leur propre pays, que des espèces de Sioux, les vestiges folkloriques d'une culture morte. J'ai pitié de les voir se laisser prendre en photo, tout contents, par des Allemands roses et gras (...). L'Occident aura aussi efficacement anéanti cette culture par la curiosité que, de l'autre côté de la frontière, la Chine par l'oppression.

Dans
Le Tibet sans peine, l'écrivain et essayiste Pierre Jourde mixe trois voyages, réalisés alors qu'il avait une vingtaine d'années. Nimbé d'ironie et d'autodérision (voir, par exemple, la description hilarante de la tenue de combat adoptée par le jeune Pierre pour vaincre l'Himalaya, " idéale pour traîner en décapotable à Biarritz dans la fraîcheur du soir "), porté par la langue toujours aussi élégante de l'auteur, ce livre est aussi (surtout?) un récit critique. Jourde s'attaque finement à la génération " Jet Tours ", ces " aventuriers au rabais " qui ne voyagent que pour briller lors des dîners. Catégorie à laquelle le narrateur appartenait à l'époque de ces périples, d'ailleurs, et il le confesse volontiers (n'a-t-il pas entrepris son troisième voyage dans le seul but de reprendre des photos?). Un regard décalé, aussi drôle qu'un capitaine Haddock dans un sac de couchage (dormir la barbe au dessus? ou en dessous?), et terriblement juste, au final. A lire et à faire lire. Tant que le Tibet existe encore.

Pierre Jourde,
Le Tibet sans peine (Gallimard)

5 commentaires:

DANIELE MOMONT a dit…

Votre billet sert très bien son sujet, et on se réjouit de voir le Tibet évoqué autrement qu'à travers le brasier olympique. Ce Jourde est noté sur les carnets, merci à vous.

cebelab a dit…

le problème avec le tibet, c'est que tout le monde veut le faire passer pour un pays, alors que ce n'est "que" la plus grande province de chine, pour près d'un tiers de son territoire...

et il en est ainsi depuis des siècles...

ce qui est à déplorer concernant le tibet, ce n'est pas "l'invasion chinoise" comme on tend à nous le faire croire dans les pays occidentaux... certes, l'éternelle dualité colon/colonisé est très porteuse, vendeuse dans un occident bobo décadent qui nourrit la haine de soi, mais enfin passons...

non, ce qui est à déplorer au tibet, c'est la répression communiste, l'anéantissement de cette grosse part de la culture antique de chine, parmis d'autres... car non, le tibet n'est pas la seule province chinoise qui à vu sa culture anéantie par les aspirations des communistes radicaux de chine... il en fut de même sur tout le territoire...

la chine c'est bien, sans le communisme, ce serait mieux... ce qu'il faut à la chine c'est exactement ce qu'il nous faut en occident, un retour à la foi, un retour à la spiritualité... les tibétains ont, à l'instar des autres ethnies et peuples du milieu, le droit d'avoir leur culture et leur rites...

c'est la que se situe le véritable problème... ce n'est pas un simple problème de frontières, comme le partage de l'alsace et de la lorraine, malgré la façon dont on a tendance à nous expliquer le phénomène de peur qu'on n'y comprenne rien...c'est bien plus intrinsèque et dénué d'aspet matérialiste que ca...

par ailleurs les réflexions racistes envers les allemands roses et gras est vraiment déplacée... pour quelqu'un qui prétends défendre la différence la multiculturalité le respect des autres et la tolérance c'est bien mal venu ce genre de réaction... avant de pouvoir aimer les autres il faut se connaître soi-meme

cebelab a dit…

fuck

cebelab° a dit…

je suis venu cracher sur ton blog

ce fut avec un plaisir empli de malice

A.D. a dit…

> Cebelab : Tout le plaisir est pour moi. Vous n'avez pas laissé de lien vers vos propres travaux, en revanche, c'est bien dommage...