Quand Angoulême ose le manga

Festival de Cannes, mai 2007. Stephen Frears, le président du jury, vient lentement se placer à côté de la robe de soirée Versace de la maîtresse de cérémonie. La salle retient son souffle. And the pâlme d’ôr est attributed à…un film japonais réalisé en 1992…

Science-fiction ? C’est en tout cas ce qui s’est (à peu près) produit ce week-end au festival B.D. d’Angoulême. En effet, le prix du meilleur album 2007 a été décerné à Mizuki Shigeru pour NonNonbâ, un album culte paru au Japon il y a quinze ans, et qui vient seulement d’être traduit dans la langue de Goscinny… Ne mettons pas ce palmarès sur le dos d’un jury alcoolisé, de la voix (comptant triple) d’un adjoint au maire qui ne connaît que Pif et Achille Talon, ou de magouilles éditoriales dignes des meilleures heures du Goncourt. Certes, la sélection 2007 comportait de nombreuses pépites ; mais ce prix tardif est amplement mérité. Et ce pour (au moins) trois raisons.
D’abord, un éditeur intelligent. Si Cornélius a pris son temps pour proposer la traduction de ce classique du manga, c’est qu’il a voulu bien faire les choses. Les coquilles et les vilaines fautes d’orthographe qui polluent généralement les BD traduites ont été bannies. L’album commence par une préface soignée. Au surplus, de nombreuses annotations permettent d'enrichir considérablement la lecture.
Ensuite, le dessin de Shigeru. Oubliez vos a priori sur le style manga (copier-coller systématisé, gros yeux globuleux, etc.) : NonNonbâ est plus proche de l’univers graphique d’un Miyazaki que des albums produits à la chaîne par des tâcherons nippons qui polluent depuis quelques années les rayons des librairies spécialisées dans la bande dessinée.
Enfin, une histoire lumineuse. Un jeune héros terriblement attachant, à l’imagination débordante. Un récit d’apprentissage nimbé de légendes poétiques. Une critique en règle de la société japonaise des années trente, de la nauséeuse propagande nationaliste aux dérives du système patriarcal…

Notez au passage que
la publication en France des albums de Mizuki (après NonNonBâ, donc, et 3, rue des mystères) se poursuivra dès février 2007.

Mizuki Shigeru, NonNonbâ (Cornélius)

Revue Décapage, n°30

Au sommaire :
Le journal de votre ennemi intime par Erwan Desplanques • Mes impubliables, Agnès DesartheVis-à-vis, Constance de BuorUne nuit au Paradis, Alexandre Gouzou • L’agenda de Jacques Rivière • Les objets trouvés par Alexis Barthet • Mes impubliables, Laurent SagalovitschVivre, à l’infinitif, Bertrand de Saint-VincentSherlock Holmes in his most mysterious vase ever – part 1, Gideon Defoe • De qui se moque-t-on ? par Ludovic Roubaudi • Intermède : l’avenir des prix littéraires • Les écrivains parfaits par Xabi Molia • Mes impubliables, Pascal GarnierFait d’hiver, Philippe Lafitte • Cher Henri Simon Faure par Éric Dussert • Pause par Alban Perinet • Les Chiens écrasés par Mathieu Deslandes • Mes impubliables, Vincent Delecroix • Une autre histoire de la littérature • Fin de semaine, Arnaud Dudek • Vous avez un nouveau message par Guillaume Tavard • Entrées livres par Jean-Baptiste Gendarme.

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Réviser ses classiques (4)

Il s’agit toujours de ces surprises-parties décentes où l’on fornique par couples isolés, et seulement dans des pièces séparées de la salle de danse par au moins un rideau. (…) Deux variantes peuvent se rencontrer :

A) IL N'Y A PAS UNE SEULE JOLIE FILLE.

Cette éventualité est relativement fréquente, surtout si vous êtes un peu difficile.

a) La surprise-partie est bien organisée.

Rabattez-vous sur le buffet, et tout est dit. En effet, ce cas ne se présente que si vous n’êtes pas chez vous, car vous n’organisez de surprise-partie chez vous que si vous êtes sûr d’avoir de jolies filles, et vous n’avez pas de raisons de vous gêner avec le buffet de gens pas même fichus de vous procurer cette indispensable denrée.

b) La surprise-partie est mal organisée.

Allez-vous en et tâchez d’emporter un meuble pour vous dédommager.

B) IL Y A DE JOLIES FILLES, MAIS ELLES SONT EN MAIN.

(…)
Principe : faire disparaître votre ennemi.
Sous une épaisse couche de honte, par l’un des moyens suivants :
a) Incitez-le à chercher querelle au petit maigrichon du fond qui ne paie pas de mine, porte des lunettes et travaille le judo depuis six ans. Les deux autres de l’équipe l’achèveront à grands verres de gnole pour le réconforter;
b) Faîtes le jouer à des jeux innocents où l’on se déshabille (et, bien entendu, trichez). Cela n’est pas recommandable s’il triche mieux que vous (de toute façon, mettez un slip et des chaussettes propres), ni s’il se révèle, une fois nu, couvert d’un tas de ces sacrées petites bosses de muscles. Songez, en résumé, qu’il peut rester habillé alors que vous ne le serez plus, suivez votre inspiration, mais soyez modeste.

Boris Vian, Vercoquin et le Plancton (Folio)

Un souffre-douleur

Un quartier admirablement représentatif des classes moyennes. Ni carcasses de voitures calcinées, ni montagnes de sacs poubelles. Des maisons individuelles proprettes pour lesquelles on s’est endetté sur vingt ans, des jardins où poussent quelques tomates, des espaces verts où un toboggan et une balançoire rouillent sous un vieux chêne. Un réfrigérateur couvert de dessins accablants de banalité, avec de l’herbe coloriée en vert, un ciel en bleu, un soleil orange et souriant. Une chambre remplie de posters de footballeurs. Des chemises de trappeur canadien à carreaux rouges et noirs, des sous-pulls marrons, des cagoules, des chaussettes blanches en coton. Le mercredi matin, le tatami d’un gymnase municipal Jacques Anquetil. Un bol à oreilles breton, « souvenir de Pornic ». Des contes illustrés de Perrault, des poèmes de Robert Desnos, mais une nette préférence pour les gadgets de Pif. Des poux, la rougeole, plusieurs rhino-pharyngites. En classe, un voisin bavard, puis plus de voisin du tout. Une gamine à la peau transparente et aux yeux verts, deux rangs devant : sueurs froides, arythmie cardiaque, premiers émois... Il y a fort à parier que mon enfance ne se distingue pas de la vôtre.
Stéphane Mouillard, lui, a eu moins de chance.

Stéphane Mouillard : notre souffre-douleur. Celui qu’il fallait détester pour mieux se fondre dans la masse. Sans être laid, il avait un physique totalement déséquilibré, dépourvu de charme. Il avait de bonnes notes. Il vivait en appartement, dans le « quartier des pauvres ». Une malformation rotulienne congénitale le faisait légèrement claudiquer et le dispensait de sport. Il rougissait facilement. Pas de grand frère aux pommettes saillantes et aux muscles impeccablement dessinés sous un T-shirt noir : il était fils unique. Un enfant gâté, un lèche-bottes en puissance. Un timide maladif... Une proie facile, en somme. Dès son premier jour de classe, ce pauvre Mouillard (ou Trouillard, ou Connard, selon l’humeur) fut marqué du sceau de l’infamie, aussi sûrement que les initiales P.D.G. invitent au respect, que le rap est associé à la banlieue parisienne et que les bistrots de quartier sentent la Gitane.
Tout n’était pas de sa faute. Ses géniteurs n’avaient pas facilité son intégration scolaire. Un prénom banal (accolé à un nom ridicule) ne pouvait mener que vers des épines dans la pulpe de l’index impossibles à ôter (même avec une pince à épiler), de la sinusite chronique, un genou en vrac et d’incessants quolibets. Ils auraient dû lui donner du panache, l’appeler Victor, Alexandre. Ou même Jack, tiens. Voilà un prénom qu’on retient facilement. Ça sent l’Amérique, les grands espaces. Jack Mouillard : un meneur né. Hors de question de lui piquer son goûter B.N., de lui jeter de la terre, de balancer de l’encre sur sa veste… Plus tard, Jack n’achètera pas le jambon sous cellophane qui transpire tout en bas du rayon. Il choisira des T-bones gros comme des poêles à frire, qu’il mangera saignants avec de la sauce barbecue. Il fera l’avion avec des cuillers pleines de purée pour nourrir le petit dernier. Il écumera les karaokés. Il se coiffera en brosse. Il animera une équipe de cadres dynamiques avec autorité et décontraction, motivant ses troupes avec des gimmicks de commercial et des primes alléchantes, faisant suivre des mails pleins de poitrines insolentes et de blagues graveleuses… Il ont raté le coche, les Mouillard.

Mon enfance ne se distingue pas de la vôtre. Une bêtise ? Nous allions au coin, on nous privait de dessert, de télévision, d’argent de poche, de Super Mario. Quand nous ramenions un cinq en dictée, quand on nous surprenait en train de torturer le chat du voisin, on nous administrait une bonne fessée… Pour Mouillard, c’était différent. Je l’ai appris plus tard. Il tremblait en entendant son père entrer dans sa chambre, marcher sur ses legos, piétiner ses images Panini, puis défaire lentement, rituellement, sa ceinture marron au cuir craquelé. Un haut de pyjama oublié dans la salle de bain ? Un éternuement bruyant lors de la scène cruciale du film du dimanche soir ? Les bleus et les injures, voilà la réponse paternelle au comportement prétendument « déviant » de son fils (et de sa femme, soit dit en passant). Vingt coups de ceinture, un « Ta mère aurait dû avorter » au passage. Bien entendu, nous ne nous étions aperçus de rien. Nous passions trop de temps à nous moquer de lui.
Deux semaines avant mon treizième anniversaire, Mouillard a déménagé. C’est à ce moment-là que tout s’est su. L’assistante sociale en a parlé à la boulangère, qui s’est confiée au garagiste, qui ne pouvait pas garder cela pour lui… Ma mère m’a expliqué que les parents de Stéphane Mouillard allaient divorcer, et que c’était mieux ainsi. Le père avait quitté femme et enfant pour une gamine trop maquillée aux idées aussi courtes que ses jupes, une vendeuse de vêtements qui ventait à la perfection les mérites de pantalons en velours mal coupés ou de chemises rayées trop amples grâce à des décolletés vertigineux. Le terne commercial en assurances a aussitôt raccourci sa coupe de cheveux, changé sa garde-robe, commandé des bouteilles de champagne dans des boîtes de nuit pour pouvoir lire « Il est cool, le vieux » dans les yeux de ses nouveaux amis… Ce jour-là, Mouillard, je l’ai plaint. Sincèrement.

Je n’ai jamais revu Stéphane Mouillard. Il est sans doute devenu un grand patron qui licencie à tour de bras sans bouger un cil. Violente-t-il la chair de sa chair ? Les anciens souffre-douleur se reconvertissent-ils forcément en bourreaux ? Je l’ignore.
Je le croiserai peut-être à une réunion d’anciens élèves, ou sur la terrasse d’un restaurant avec menu du jour à vingt euros. En train de gueuler sur le serveur parce que son steak est trop cuit, ou de crier sur sa fille parce qu’elle a fait tomber un morceau de pain. Stéphane Mouillard doit être quelque part, à Paris ou à Nice, en train de tenter de régler péniblement ses comptes avec son passé. Et d’échouer, sans doute.
Stéphane Mouillard n’a pas eu l’enfance qu’il méritait.


© Arnaud Dudek

Réviser ses classiques (3)

- Sans blague, dis-je. J'ai près de cent quatre-vingts dollars en banque. Je pourrais les retirer quand ça ouvrira, demain matin, et puis j'irais en bas et je prendrais la voiture de ce type. Sans blague. Nous irions habiter dans ces villages de cabanes ou un machin comme ça jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de fric, et puis quand il n'y aurait plus de fric je pourrais trouver du boulot et nous pourrions vivre quelque part avec un ruisseau et tout, et plus tard, nous pourrions nous marier ou quelque chose. J'abattrais tout notre bois en hiver et tout. Dieu tout-puissant, nous pourrions avoir une vie terrible! Qu'est-ce que tu en dis? Allons! Qu'est-ce que tu en dis? Tu veux faire ça avec moi? Je t'en prie!
- On ne peut tout de même pas faire une chose pareille, dit Vieille Sally.
Elle semblait furieuse comme tout.
- Pourquoi pas? Bon sang, pourquoi pas?
- Cesse de crier, je t'en prie, dit-elle.
Ce qui était de la salade car je ne criais même pas.
- Pourquoi on peut pas? Pourquoi pas?
- Parce qu'on ne peut pas, c'est tout. D'abord, nous sommes pratiquement des enfants. Et tu ne t'es jamais arrêté à penser à ce que tu ferais si tu ne trouvais pas de boulot quand ton argent serait parti. On mourrait de faim. Tout ça est si fantasque que ce n'est même pas...
- Ce n'est pas fantasque. Je trouverai du boulot. Ne te fais pas de souci pour ça. Tu n'as pas à te faire de souci pour ça. Qu'est-ce qu'il y a? Tu ne veux pas venir avec moi? Dis-le, alors, si tu ne veux pas.
- Ce n'est pas ça. Ce n'est pas ça du tout, dit Vieille Sally.
Je commençais à la détester en un sens.
- Nous avons tout le temps de faire ces choses, toutes ces choses. Je veux dire, à ta sortie du collège et tout, et si nous devions nous marier et tout. Il y aura un tas d'endroits merveilleux où aller...
- Non, il n'y en aurait pas. Non, il n'y aurait pas du tout d'endroits où aller.
Je recommençais à avoir un cafard du diable.


J.D. Salinger, L’attrape-cœurs [en V.O.de préférence ; V.F. : traduction de Sébastien Japrisot (Robert Laffont / Pavillons), ou d’Annie Saumont (Pocket)]


Tout sur Robert

Qui est Robert Alexis ? Nul ne le sait vraiment, à part son éditeur (et encore), qui ne donne à mâcher aux curieux qu’un C.V. de deux lignes ayant le mérite d’épaissir le mystère au lieu d’étancher la soif.
Peu importe, au fond.
Après La Robe, l’an dernier, à la même époque, l’auteur récidive avec La Véranda. Un court roman au scénario tout aussi pervers que le précédent. Robert Alexis écrit avec élégance des contes philosophiques démoniaques. Et nous, pauvres lecteurs, ballottés entre malaise et fascination, nous en redemandons déjà.

Robert Alexis, La Robe / La Véranda (José Corti)

N’ayons pas peur des maux : VIH, regards croisés

1) San Francisco : Judd Winick, Pedro et moi (Ça et là) – sorti en France en 2006

Ça commence comme un mauvais programme de TF1 (ou M6, au choix). Un jeune auteur de B.D. en mal de reconnaissance participe au casting d’une émission de télé réalité hébergée par une célèbre chaîne musicale. Sa belle g
ueule et son dynamisme plaisent aux producteurs : il est retenu. Dans cette sorte de Loft Story privée de piscine et de Bourriquet, rien de bien original. Sauf ce vrai coup médiatique : Pedro, l’un des candidats, est séropositif. Depuis que le VIH s’est vissé à son corps, il sensibilise les jeunes Américains à la prévention et à la lutte contre ce fichu virus ; l’émission va lui permettre d’élargir son auditoire. Entre Pedro et le narrateur, le coup de foudre amical est immédiat. Sauf que ce sont toujours les mêmes qui gagnent à la fin… Un bouquin tire larmes, donc.
Cette autobiographie dessinée n’est pas parfaite, loin s’en faut. Ça manque parfois de finesse, sur le fond comme sur la forme. Mais la sincérité de l’hommage désarçonne, et le combat de Pedro contre les préjugés (puis contre une sad end inéluctable) bouleverse…

2) Genève : Frederik Peeters, Pilules bleues (Atrabile) – sorti en 2001

Une des ces soirées gentiment branchées où la jeunesse friquée se vautre dans ses privilèges. Frederik rencontre Cati. Ils se plaisent. Ils se perdent de vue. Ils se revoient. Ils s’aiment… Oups, j’allais oublier (et c’est là que le titre du post se rappelle à toi, ami lecteur
) : elle est séropositive. Tout comme son fils, d’ailleurs. L'auteur-narrateur va-t-il mettre les voiles? Bah non, évidemment. Un peu paumé au début, entre l’apprivoisement d’un enfant qui n’est pas le sien et les règles qu’imposent le SIDA, il prend vite ses marques…
Pilules bleues, ce n’est pas un téléfilm larmoyant, ni une thèse de pharma sur les « mécanismes biochimiques et cellulaires des inhibiteurs oligonucléotidiques de l’intégrase du VIH-1 », ni même un article de Femme Actuelle sur le courage des mères séropositives… C’est un petit chef d’œuvre, tout bêtement. Frederik Peeters y bouscule les préjugés : bien sûr qu’on peut être séropositif et mener une existence normale, il suffit d’une hygiène irréprochable, d’une confiance absolue en l’autre, et d’une bonne dose d’amour. Il raconte son « apprentissage » de la vie à quatre sans fausse pudeur. Avec élégance. Avec talent.


Pour bien commencer l'année...

... un excellent roman…

Qui ne rêverait pas d’avoir un ami mafieux ? Un voisin vous menace suite à une sombre histoire de chien mordu : un coup de fil et hop, le grossier personnage déménage dans l’heure. Comme la vie serait simple…
L’ange gardien « made in Camorra » de James s’appelle Leonard. Ni bapt
ême, ni communion, ils se sont rencontrés lors d’une cure de désintoxication. Leonard a de faux airs de Gene Hackman, « travaille » dans les paris illégaux, fume des cigares hors de prix ; c’est un homme excessif, inquiétant, impitoyable en affaires. Mais c’est aussi une épaule solide, un soutien indéfectible, un second père pour James. Lorsque ce dernier perd sa raison de vivre (la fragile Lily devait l’attendre à sa sortie de prison : elle n’a pas pu, elle s’est pendue), lorsqu’il est sur le point de retomber dans l’alcool et la drogue, Leonard lui sert de béquille, de bouée, de bouteille d’oxygène…
Des phrases fortes et courtes, sans fioritures. Des directs à l’estomac, des coups au cœur, des larmes chaudes et abondantes, de franches poignées de main. Une histoire d’amitié bouleversante... James Frey a été lynché médiatiquement après avoir été sanctifié par la critique U.S. (l’auteur a eu l’outrecuidance de faire croire qu’il avait réellement vécu ce qu’il avait écrit dans son premier roman… et l’Amérique a eu la bêtise de croire qu’on ne réinvente jamais les livres qu’on écrit sur soi); il vaut mille fois mieux que les sottises qui ont été écrites autour de ses romans.

James Frey,
Mon ami Leonard (Belfond) ; traduction de Laurence Viallet

… et une excellente initiative.

La ligne éditoriale des éditions Filaplomb est tracée avec exigence : des nouvelles, des pamphlets, des textes courts, rapides, percutants, incisifs. Ils sont deux à s’aventurer sur le terrain difficile de l’édition sur le Web ; l’un est journaliste en presse quotidienne régionale, l’autre est graphiste. D’ores et déjà, ils ont reçu le soutien du site d’expression citoyenne Agoravox. Les « vrais » débuts sont imminents…

Souhaitons le meilleur à cette belle aventure littéraire.



Le Révolu?

Les nostalgiques du jeu Anagrammes présenté jadis par Daniel Prévost (et sa banane en plastique dans l’oreille) ont déjà appuyé sur le buzzer : Le Révolu, c’est évidemment le Louvre…
Le Louvre, oui, mais en bande dessinée ?
Chaque année, un auteur des (merveilleuses) éditions Futuropolis a pour mission de parler à sa manière de l’Institution. Après Nicolas De Crécy et sa Période glaciaire, c’est donc au tour de Marc-Antoine Mathieu de s’y coller… Et l’auteur relève le défi avec talent.
A une époque indéterminée, Eudes le Volumeur (anagramme, là encore…), expert de son état, doit procéder à l’étude, au répertoire et à l’expertise du musée. Le journal-album de cette expertise est découpé en scènes, chacune consacrée à une galerie, un département, un thème particulier. Le récit nous fait bien vite perdre pied pour basculer dans l’onirique, la quête philosophique et métaphorique. Mise en abîme, art de la copie ou de l’encadrement (qui fait dire à l’un des personnages croisés dans ce dédale que « certains cadres sont si magnifiques qu’ils mériteraient d’être encadrés »), Mathieu raconte moins les collections et les entrepôts secrets que l’Histoire, le « but » de l’art… En livrant au passage sa version de la naissance de la B.D. et son interprétation du sourire de la Joconde. Un album hors norme, qu’on a envie de lire, parcourir à nouveau, relire encore…

Marc-Antoine Mathieu, Les Sous-sols du Révolu (Futuropolis)
[Bonne, excellente année 2007!]