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Morceaux de choix


Depuis que j'ai été expulsée de ma mère, j'ai ruiné sa vie. Ma mère veut pas me parler. Elle est trop occupée. Elle fume trois paquets par jour et l'enlever de la télé relève de la chirurgie.
Un jour, j'ai dit :
- J'ai percé mon clito avec une aiguille à coudre.
Pas de réaction.
- Je suis enceinte.
Rien.
Je lui ai dit que je m'étais injecté des speedballs dans le
s yeux.
Rien. Elle restait les yeux rivés à la télé.
Qui était même pas allumée.
Pas facile de rendre avec justesse, sans pathos, la complexité d'une âme adolescente. Beaucoup d'auteurs s'y sont cassé les dents. Mais quand c'est réussi...
Et le roman de la Canadienne Maureen Medved est vraiment réussi, ça tombe bien.
Tracey, la narratrice, est assise à l'arrière d'un autobus. Elle a quinze ans, elle fuit, elle se déteste. On comprend vite que des circonstances graves l'ont amené à fuguer. Mais elle tourne autour du pot, choisit de nous raconter sa vie en négatif, commence par nous mentir. Ce n'est qu'à la fin du livre que l'on comprendra vraiment ce qu'abrite son crâne. Maureen Medved excelle à pénétrer l'esprit de cette gamine en crise, au fil d'un récit haché d'une noire poésie. Encore un joli coup des Allusifs...

Maureen Medved, Tracey en mille morceaux (Les Allusifs, traduction de C. et L. Chabalier)

A lire aussi : un billet publié sur le blog de l'excellent Antonio Werli (d'A.W. nous reparlerons bientôt, d'ailleurs).

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